Otello à Londres, prise de rôle de Jonas Kaufmann


14 juin 2017 : Le Royal Opera House présente une nouvelle production d’Otello de Verdi à partir du 21 juin. Les fans d'opéra du monde entier attendent avec impatience les débuts de Jonas Kaufmann dans le rôle-titre. Une chance que cette nouvelle production de Keith Werner soit relayée en direct en salles de cinéma le 28 juin prochain !


Dans cette tragédie passionnelle et sanglante, on retrouve les thèmes favoris de Verdi : la jalousie et la vengeance, la manipulation, la violence des contrastes avec la pureté de l’héroïne et la grandeur du héros. Un sens aigu du drame polarisé autour de moments d’action intenses, une musique d’une grande puissance expressive traduisant les pires travers de l’humanité, des arias superbes, Verdi laissant la primauté à la voix. 

Et quel rôle ! L’un des plus exigeants, d’une vocalité hors norme, dans lequel Jonas Kaufmann saura saisir le spectateur de l’emprise de sa voix, matière première de la souffrance et du désespoir dans ce contexte shakespearien. Au-delà de la musicalité du chanteur, c'est le supplément de vérité qui lui permet de nous toucher au cœur, avec cet investissement si profond dont il est capable.

Renée Fleming fait ses adieux à la scène


Le 13 mai dernier, Renée Fleming chantait ses adieux à la Maréchale sur la scène du Metropolitan Opera
Son dernier Chevalier à la Rose, une nouvelle production de Robert Carsen, et un public ému. 

Chère Renée Fleming
Même si vous faites savoir à tous les dévots à votre voix partout dans le monde que vous n’êtes pas prête pour la retraite, permettez-moi de me joindre au concert de soupirs pour votre dernière apparition dans un opéra. 
Dans cet opéra de Richard Strauss, la Maréchale est une femme belle que la maturité et la sagesse empêchent de s’illusionner sur l’amour pour un homme beaucoup plus jeune. Cette méditation suprême sur le vieillissement et le passage du temps restera l’éloquent choix d’un adieu à trois décennies de votre vie de soprano.


Eugène Onéguine de Tchaïkovski à Bastille

La quintessence de l’âme russe

Peter Mattei (Onéguine) et Anna Netrebko (Tatiana)
© Guergana Damianova /OnP
20 mai 2017 : Deux artistes magnétiques viennent d’incendier les cœurs sensibles à l’Opéra Bastille. Anna Netrebko et Peter Mattei, Tatiana et Eugène, incarnent la double perfection dramatique et vocale. 
Exploration mélancolique d’un amour malheureux, Eugène Onéguine est une œuvre qui touche profondément, sur le temps qui passe inexorablement et les rendez-vous manqués avec nous-mêmes.

Dans un décor unique et intemporel, la magie de l’émotion opère grâce à ces deux interprètes et à la puissance de cette musique. La conception minimaliste de Willy Decker focalise notre regard sur eux. Nous sommes au plus près de l’intensité de leurs émotions, de leur intériorité - évolution de l’une et involution de l’autre -, de la dramaturgie de cette histoire d’amour vécue à l’envers. Les autres personnages s’évanouissent dans la mort ou dans l’oubli, tels Lenski ou Olga.

Et la musique de Tchaïkovski qui étreint. Mélange de doux lyrisme, de pathétique, de mélancolie et de poésie, le génie du compositeur est d’avoir réussi à exprimer par sa musique le secret des cœurs et la profondeur des sentiments.

La Fille de neige de Rimski-Korsakov à Bastille

A fondre de plaisir

27 avril 2017 : La Fille de neige, une petite merveille lyrique qui fait son entrée à l’Opéra de Paris. C’est donc totalement pur comme neige que l’on découvre cet opéra riche de mélodies de la culture populaire russe. On assiste à une fête joyeuse peuplée de personnages de conte qui accompagnent chaque enfant en Russie. 
La musique  de Rimski-Korsakov est pleine d’imagination, d’émotion et de mélancolie. On ressort pieds ailés de ce spectacle où l’âme russe d’essence tendre et généreuse s’unit au culte de la nature.
Une nouvelle production de Dmitri Tcherniakov qui a enchanté les spectateurs de Bastille. Le chant du beau berger Lel fait fondre le cœur des filles, la fille de neige succombe au premier rayon de soleil et le public fond de plaisir sous l’effet de la grâce de la musique et de ses interprètes.
On est sous le charme d’Aida Garifullina qui faits ses débuts à l'Opéra de Paris. Silhouette gracile, teint de porcelaine, sensibilité du jeu, la jeune soprano russe est lumineuse de timbre et de fraîcheur. Une belle découverte à suivre. Comme le contre-ténor Yurly Mynenko et ses aigus veloutés ensorcelants, dans le rôle de Lel, androgyne et pure émanation de la nature. Dans le rôle de la fiancée éconduite Koupava, Martina Serafin est remarquable de présence scénique. Impact d’une voix voluptueuse aux aigus tranchant, elle s’épanouit dan ce rôle qui lui convient à merveille. 

"L'Opéra", côté coulisses

Captivant documentaire sur l'Opéra de Paris

Les passionnés d'art lyrique, comme moi-même, seront enthousiasmés, séduits et émus. Tous ceux qui voient cet art de plus loin devraient sentir poindre une passion naissante. 

Le film s’ouvre dans la plénitude absolue de l’ouverture des Maîtres Chanteurs de Nuremberg dirigé par Philippe Jordan, Directeur musical de l’institution. Il se terminera par le plus beau des chants du jeune artiste Walther, symbole de l’apport des Maîtres qui initient aux règles de l’art. Comme une ellipse pour résumer cette chronique des jours heureux et malheureux des acteurs d’une production lyrique. 

Pendant deux - trop courtes - heures qui filent avec bonheur, le cinéaste sonde les visages et explore les échanges "ordinaires", témoignant de l’intensité du quotidien de tous les protagonistes. Aucun commentaire, le lyrisme de la musique omniprésente et l’authenticité des échanges volés alimentent notre fascination.

Andrea Chénier au Bayerische Staatsoper

Anna Harteros (Madeleine de Coigny), Jonas Kaufmann (Andrea Chénier)
Photos © Wilfried Hösl / BSO
Bouquet final !

7 avril 2017 : Magnifique spectacle consacré par le talent d’artistes d’une classe folle. Un débordement d’enthousiasme a couronné cette dernière représentation d’Andrea Chénier au Bayerische Staatsoper. Interminables rappels, joie exaltée des chanteurs, ferveur des spectateurs reconnaissant le prix de tels trésors.

Jonas Kaufmann, Anja Harteros et Luca Salsi, trois voix exemplaires modelées par la sensibilité qui se coulent dans désir, peur et courage irrigant cet opéra. Magie de cet ouvrage vériste qui leur permet d’offrir une générosité sans limites.

Béatrice et Benedict à l'Opéra Garnier

Parenthèse enchantée

De g à dte: Didier Sandre, François Lis, Laurent Naouri, Sabine Devieilhe,
Philippe Jordan, Stéphanie d’Oustrac, Paul Appleby et Aude Extrémo.
24 mars 2017
Béatrice et Benedict, dernier ouvrage rarement représenté de Berlioz réserve des purs moments élégiaques. 
Et lorsqu’il est chanté par une dream team" lyrique comme hier soir à l’Opéra Garnier, on ressort le cœur léger, heureux que l’Ecole française possède autant d’interprètes talentueux.
Inspirée de "Beaucoup de bruit pour rien", cette joyeuse alliance de la musique, du théâtre et de l’esprit est un clin d’œil du compositeur à l’Opéra Comique qui doit son existence à son amour pour Shakespeare (et à sa tristesse de fin de vie de ne pas parvenir à faire représenter Les Troyens, sa grande œuvre). 
Deux histoires d’amour se croisent et s’éclairent réciproquement, avec un charme et une élégance toutes juvéniles. Marivaudage des protagonistes balançant entre l’image de l’enfer conjugal et l’extase du sentiment amoureux.
 

Juan Diego Flórez - Récital à Paris

Soirée charme au Palais Garnier

12 mars 2017 : Les récitals de Juan Diego Flórez passent comme un rêve. Le charme enjôleur de la ligne musicale, la délicatesse du souffle infini jusqu’au contre-ut qui tutoie les cimes. 
Elégance, générosité et humour d’un soir, les ingrédients réunis d’un ténor heureux. Avec en plus, ce style si particulier qui donne l’impression de la facilité. 

Fusion des œuvres et des styles, six mélodies et sept airs d’opéra avant de se glisser dans la romance sud-américaine, guitare en plus, comme au temps de sa jeunesse pop. Réunies dans un même programme, les œuvres se font écho. "Un pan de l'histoire de l'opéra se déroule, fédéré par la seul voix de l'interprète qui s'en trouve plus que jamais distinguée". 

La Flûte enchantée à Bastille

La poésie du théâtre de Robert Carsen

Au 1er rang: Pavol Breslik, Kate Royal, Sabine Devieilhe
et René Pape.
24 février 2017: Dans un monde enchanté s’affrontent les puissances obscures de la Reine de la Nuit et celles du Sage Sarastro, entouré de ses adeptes. À l’issue d’un parcours semé d’épreuves, le jeune prince Tamino accède à la vraie sagesse dévoilée aux initiés.
La Flûte enchantée de Mozart est un Singspiel, une espièglerie destinée à divertir un public populaire élevée au rang de conte initiatique par le génie de Mozart. 
Avec cette production créée à Baden-Baden en 2013, Robert Carsen nous invite à une relecture aussi attachante qu’esthétisante, oscillant entre ombre et lumière et dans l’omniprésence de la mort. 
Depuis un soir de 1791, Pamina et Tamino doivent affronter les épreuves pour accéder à la connaissance et l’amour. Aborder ces défis implique qu’ils risquent leur vie, n’ayant pour seules armes que leur amour et une flûte, la musique. "Grâce au pouvoir de la musique, nous marchons avec joie à travers la nuit sombre de la mort". 
L’amour et la musique pour accéder au plus noble sens de l’existence et être confrontés à la vie comme à la mort. Tout cela est très bien dit au fil de la production de Robert Carsen et c’est autour de la fosse d’orchestre que tous les protagonistes habillés de blanc viendront chanter la victoire des lumières sur les ténèbres.