Saison 2017-18 au Metropolitan Opera

Temps forts, stars et co-productions

16 février 2017: Cinq nouvelles productions verront le jour à New-York lors de la prochaine saison 2017-18 du Metropolitan Opera qui comptera 26 opéras pour 220 représentations.

La saison s'ouvre sur Norma de Bellini confiée à Sir David McVicar avec Sondra Radvanovsky dans un des ses rôles fétiches, face à Joyce DiDonato en Adalgisa et Joseph Calleja en Pollione.

Puis la première nord-américaine de L’Ange Exterminateur de Thomas Adès, basée sur le scénario surréaliste de Luis Buñuel dans la production Tom Cairns pour Salzbourg en 2016.

Sir David McVicar sera très occupé à New-York puisqu’il mettra de nouveau tout son talent au service de Tosca de Puccini. Un Nouvel An très chaud réunissant trois tempéraments artistiques : Jonas Kaufmann, Kristine Opolais et Bryn Terfel. Puis plus tard, d’autres tonalités avec Anna Netrebko pour sa première Floria Tosca au Met, Marcelo Álvarez et Michael Volle.

Jonas Kaufmann incarne Lohengrin à Bastille

Lohengrin descendu du ciel

Jonas Kaufmann, Lohengrin D.R.
16 février 2017 : Jonas Kaufmann est décidément le meilleur Lohengrin actuel. Le ténor aimé des dieux et des mélomanes revenait sur scène en janvier après cinq mois d’absence et d’émois intimes cachés derrière le sourire. Une croisade dans le silence d’une des plus belles voix du monde. Puis la cicatrisation tant attendue d’un micro-vaisseau le ramène à Paris.

Un retour dans un rôle qu’il affectionne particulièrement "J'aime Lohengrin, surtout dans cette configuration avec Claus Guth et Philippe Jordan" confessait-il récemment. 
Répertoire exigeant où le ténor distille ce timbre unique, ces envolées ardentes et ce pianissimo élégiaque culminant dans son récit du Graal d'anthologie. Jonas Kaufmann possède ce pouvoir magique de nous enfermer dans une bulle temporelle alors que la musique semble l’engloutir corps et âme.

Meilleurs Voeux 2017


Entre ceux qui font de la musique le pur langage des émotions et les philosophes, poètes, écrivains, interprètes, personnalités ou scientifiques, le champ des langages se décuple à l’infini.

Pour le philosophe: "La musique donne une âme à nos cœurs et des ailes à la pensée" (Platon)

Pour le poète: "La musique est la vapeur de l'art. Elle est à la poésie ce que la rêverie est à la pensée, ce que le fluide est au liquide, ce que l'océan des nuées est à l'océan des ondes." (Victor Hugo)

Pour l’écrivain:"La musique panse notre inquiétude fondamentale: que faisons-nous sur terre, avec ce corps friable et cette pensée bornée? Apaisante, tout entière dévouée à la célébration de l'être, elle nous arrache à la tentation du vide et nous remet sur le chemin de la vie." (Eric Emmanuel Schmitt)

2016, derniers feux et premier bilan

31 décembre 2016: Avant les douze coups de minuit annonçant une nouvelle année pleine de promesses, un petit retour sur les émotions partagées sur Espace Lyrique tout au long de l'année 2016.

Janvier
Werther Eternel
Le chef d’œuvre de Massenet signé par le cinéaste Benoît Jacquot connaît un nouveau triomphe. On est totalement sous le charme du couple romantique formé par Piotr Beczala et Elina Garanca.

Pêche miraculeuse au Met
Les Pêcheurs de perles de Bizet, ce joyaux enchanteur revient sur la scène du Met après cent ans d’absence dans une mise en scène qui ravit le public et un "gorgeous trio of voices", Diana Damrau, Mariusz Kwiecien et Matthew Polenzani.


Cavalleria Rusticana à l'Opéra Bastille

Elina Garanca (Santuzza) © Julien Benhamou / OnP
Dix raisons d’aller voir le spectacle


1. Pour la musique de Pietro Mascagni, ses éruptions explosives et sensuelles qui transpercent le cœur, laissant dans un état de vibration émotionnelle rémanent. 

2. Pour son prélude orchestral joué à rideau baissé contenant le chant de Turiddu lointain et qui nous plonge dans cette ambiance sonore qui ne nous quittera plus ; parce que son intermezzo musical est d'une foudroyante beauté.

3. Pour Elina Garanca dans le rôle de Santuzza, une classe de chant qui fait d’elle l’une des plus fascinantes mezzo-sopranos actuelles. Parce que sa performance est éblouissante, étoffe vocale et somptuosité du timbre, osant tout et réussissant tout.

Les Huguenots au Deutsche Oper de Berlin

Juan Diego Flórez, "Tout à coup, la voix change" (*)

Olesya Golovneva (Valentine) et Juan Diego Flórez (Raoul de Nangis)
 
© Bettina Stöss
25 novembre 2016 : Le Deutsche Oper de Berlin fait revivre Les Huguenots de Meyerbeer, une histoire d’amour au cœur du massacre à l’heure de la Saint-Barthélemy. L’intrigue mêle grande Histoire, romance, religion et politique, le tout pendant quatre heures qui filent comme un songe sur la scène berlinoise.

Nommé "Nuit des sept étoiles" en raison de la distribution éclatante des chanteurs à sa création, cet opéra est d’une grande difficulté technique pour les solistes.
Comble du bonheur, cette nouvelle production de David Alden dirigée par Michele Mariotti est soutenue par d’excellents artistes. Beaucoup sont venus pour lui, Juan Diego Flórez a décidément beaucoup à offrir, il répond à toutes les attentes que cette prise de rôle avait suscitées. C’est un immense enthousiasme qui accueille ce nouveau Raoul de Nangis.
Le ténor devenu très tôt admirable conduit une carrière aussi rigoureuse que réfléchie, sans faux pas et sans compromis. L’évolution de sa voix, l’instinct éclairé de parfait musicien et la docilité de son style guident ses choix. 
Depuis 2013 et ses 40 ans, sa voix gagne en force, ses incarnations en profondeur. Il travaille ses mots en français avec constance pour mieux faire percevoir les sentiments, de nouveaux rôles s’offrent à lui avec une prédilection pour notre langue. La voix devient plus sombre pour l’insolence vocale d’Arnold dans Guillaume Tell, elle se fait chair et douleur dans l’émotion du désespoir d’Orphée, son Romeo fougueux s’impose dans la gravité et Werther lui permet de s’abandonner. 
Aussi prêt qu’on peut l’être pour incarner Raoul de Nangis, techniques vocales à l’épreuve et sentiments à exprimer répondent désormais à une nécessité intérieure. Mais aussi Flórez éternel par le soin porté au légato et la pure lumière dans la voix, y ajoutant l’endurance, présent très souvent sur scène pendant quatre heures. Concentré, inspiré, définitivement à l’aise dans ce costume de héros romantique, il assure sans faillir jusqu’au rideau final.

Lucia di Lammermoor à Bastille

Pretty Yende, Lucia vit un rêve
Pretty Yende, Lucia di Lammermoor de Donizetti
à l'Opéra de Paris - Novembre 2016

14 novembre 2016: Il est rare qu’une salle se soulève pour applaudir une jeune artiste dès le milieu de l’opéra. La jeune soprano sud-africaine ne l’avait encore jamais vécu et elle en était émue aux larmes !
En cinq ans, Pretty Yende est devenue l’une des sopranos les plus courtisées des grandes maisons. L’année 2016 est celle de la consécration : une première fois au Festival Rossini de Pesaro en août, un premier album "A journey" en septembre, et sa Lucia di Lammermoor met Paris à ses pieds, un rôle exigeant qu’elle n’imaginait pas pouvoir chanter il y a quelques années. La partition ne semble même pas lui poser problème, son chant irradie comme une évidence, jusqu’au dernier rang de Bastille.
Au fil de ses apparitions, un rapport fort s’est installé entre cette artiste attachante et le public. Comment ne pas être sous le charme de ce soprano soyeux aux couleurs chatoyantes, de l’éclat de ses attaques et de son talent dramatique. C'est magnifique.

Cecilia Bartoli incarne Norma au TCE

Norma fait de la résistance


Cecilia Bartoli dans Norma au TCE ©Vincent Pontet
18 octobre 2016 : L’opéra de Bellini mis en scène par Patrice Caurier et Moshe Leiser est à l’affiche du Théâtre des Champs-Elysées pour quatre représentations. En haut de l'affiche, Cecilia Bartoli, initiatrice de cette production au Festival de Salzbourg en 2013.
"Atypique", "sur mesure" ou "différente" sont les qualificatifs évoqués pour cette Norma incarnée par la mezzo. Son interprétation intériorisée est d’un grand raffinement, sa virtuosité et son talent dramatique achevant de nous convaincre.
La diva italienne propose un retour à l’édition originale de Norma. D’où une certaine surprise d’entendre une voix plus grave dans le rôle de Norma et une soprano dans celui d’Adalgisa, un orchestre d’instruments anciens, volume doux et tempo tonique. Dans ce contexte décalée, Rebecca Olivera est une touchante Adalgisa à la voix pleine de fraîcheur et Norman Reinhardt campe un séduisant Pollione, charmant de timbre et de musicalité. De très beaux duos et trios, très agréables à l’oreille.

Femmes du mois

Norma, Tosca et Dalila, trois tempéraments !

Anja Harteros, Sonya Yoncheva et Anita Rachvelishvili
10 octobre : Cette rentrée aura comblé notre appétence pour l’art lyrique et ses lumineux interprètes. Ces artistes qui travaillent des heures dans l’ombre à leur prochaine incarnation, poussant toujours plus loin cette quête de dextérité vocale et d’harmonie. Sacrifier beaucoup, cajoler sa voix, cadeau du ciel, et vibrer de toute son âme le temps d’une soirée de luxe.

Qu’y a-t-il de commun entre Norma, Tosca et Dalila ? Rien, si ce n’est l’émotion et la fascination que trois immenses chanteuses sont parvenues à susciter. Trois voix, trois styles et trois tempéraments.
Anja Harteros dans le rôle de Floria Tosca. La soprano allemande est rare à Paris, s’éloignant peu de son pays natale et remaniant son agenda pour "raisons personnelles". Sa dernière apparition à l’Opéra de Paris, c’était en Eva dans Les Maîtres Chanteurs en 2003. Sa présence dans Tosca était donc très attendue et elle a été sublime.
Sonya Yoncheva pour sa première Norma sur la scène de Covent Garden. La jeune soprano bulgare a fait du chemin depuis ses débuts dans le baroque. Son répertoire s’est étendu bien au-delà pour s’épanouir aujourd’hui dans ce redoutable rôle-titre.
Anita Rachvelishvili en Dalila pour ses débuts à Bastille. La mezzo soprano géorgienne nous avait éblouis en Amnéris en juin dernier, elle revient en prêtresse venimeuse pour une prestation de haut vol.